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unhiverengypte00poit.pdf

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Digitized by the Internet Archive in 2010 witii funding from University of Ottawa littp://www.archive.org/details/unliiverengypteOOpoit çy ,.> UN HIVER ExN EGYPTE UN HI\ KR EN EGYPTE ; s uo^ M. EUGENE POITOUA ni CONSEILLER A LA COUH IMPÉIIIALE D ANGERS TOURS A" MAME ET C'^ IMPRIMEURS-LIBRAIRES M ne ce i.x 79680^ UN HIVER EN EGYPTE CHAPITRE I.E DÉPART l.A TRWKKSEF. t'fiy'"' A^*^ ^'^'^ Orient, longtemps semblal)le ^'l-^ "'^v^^ >S à cette statue voilée d'Isis PH^i«».^|MV4 (ju'on adorait à Éphèse, voit î^-^m \v^-P^*Kr ^ tous les jours se déchirer les nuai-es cpii l'enveloppaient. ^^ Peu à peu, il sort du lointain mystérieux OÙ l'entrevoyaient les imaginations. Hun ir côté, l'espace et le temps, presque supprimes par nos rapides moyens de transport, semblent 1 2 IN lliVEH le raj)|)ro(lu'r (le nous; lundis que de l'autre, sous l'effort de la srience qui lui arrache ses secrets, s'éclairent cliaciiu' jour davantage les obscurités de son histoire et se déchiffrent les énigmes de ses langues primitives. Depuis un demi - siècle , la guerre , le com- merce, la science et les arts de l'Europe pous- sent incessamment vers ce monde si longtemps fermé, si longtemps hostile, une croisade infa- tigable; et la civihsation moderne, avec ses forces multiples , reprend aujourd'hui pour la mener à terme, il faut l'espérer, cette œuvre de réac- tion contre h\ barbarie que le christianisme, il y a six siècles , lenta d'accomplir par l'enthou- siasme de la foi et la puissance des armes. Il y a quarante ans, le voyage d'Egypte était encore un long cl difficile voyage. Aujourd'hui, grâce à la vapeur, l'Egypte n'est plus qu'à six jours de la Franco, io ('aire n'est plus qu'à une semaine de Paris. La route d'Alexandrie à Suez est la grande route de l'Inde, et l'on y trouve presque autant d'Anglais que de Douvres à Ca- lais. Déjà un chemin de fer relie la Méditerranée KN KI.YI'TK. 3 à la mer Rouge, et bientôt, on est fondé à le croire, un canal coupera l'isthme et ouvrira aux vaisseaux la communication des deux mers. Le commerce de la moitié du monde passera par là. Mais il est temps d'allei" visiler la vieille Egypte. Dans cent ans, il est à croire qu'il n'en restera pas grand'chose. Dans cent ans, elle sera devenue aussi banale que le sont aujourd'hui la Suisse et l'Italie. Déjà d'étranges contrastes y frappent les regards : on y voit do toutes parts fumer les usines; les raffineries élèvent parmi les palmiers et les minarets leurs noires et gigan- tesques cheminées; des bateaux à vapeur sil- lonnent le Nil, au grand ellVoi des crocodiles sacrés. L'affluence des touristes y augmente d'an- née en année; les Américains surtout, qui tous les étés s'abattent sur l'ancien monde, y ap- portent en foule leur opulence ennuyée et leur sans-façon démocratique. Bientôt le vieux Nil, le fleuve di\ in , ne sera plus qu'un lleuve profane, une grande voie commerciale coiiinic l'Escaut uu la Tamise. On le remontera , non plus comme aujourd'hui en barque et à la noIIc au chant 4 UN HIVER monotone ries Arabes, mais comme on remonte le Rhin, sur de rapides steamers, en troupeau de touristes, qui sait même?... peut-être en train de plaisiî\ Alors , adieu l'originalité , adieu la poésie de ces bords silencieux et mélancoliques. J'ai peur même que ces ruines qui sont aujour- d'hui la seule gloire de l'Egypte, ne disparaissent bientôt, ou sous l'avidité industrielle qui en fait de la chaux et en bâtit des usines , ou sous la curiosité destructive des voyageurs qui en emportent chacun un morceau : si bien que la civilisation ne leur aura pas été moins funeste que la barbarie. Il faut donc se hâter, si l'on veut encore voir l'Egypte telle que l'imagination l'a rêvée, telle que l'histoire et la poésie nous l'ont peinte, belle de sa solitude et de sa tristesse, endormie comme le Sphinx au pied de ses pyramides, majestueuse comme le désert , mystérieuse comme son fleuve , et gardant dans les plaines muettes de Karnac et la Vallée des Tombeaux, les plus grandes ruines du monde et les plus étonnants monuments des civilisations antiques. EN E(.\ PTi:. 5 Ce sont la, entre plusieurs autres, les raisons (jui me décidèrent, au commencement de l'Iiivcr de 1857, à faire une excursion aux bords du Ml. Obligé d'aller demander à un climat i)lus doux le rétablissement d'une santé profondément altérée, j'étais, je l'avoue, attiré vers cette terre fameuse pai- la poésie des souvenirs, par la grandeur des monuments, plus encore pcut-cire (jue par la beauté tant vantée de son ciel et l'éclat de son soleil sans nuages. Le !21) no\('iid)rc, nous prenions passage à bord du Gange, magnifique j)a(piel)ot à hélice (pii faisait route directemeul de Marseille |)()iii Alexandrie. Le temps était superbe : il semblait (pie l'automne, si beau dans le midi de la France, prolongeât plus (pie de coutume ses tièdes journées, comme [xMir nous faire regret- ter davantage la patrie. Lu soleil éclatant illu- minait la mer, et égayait au\ \eu\ les rues si animées de iMarseille, ses quais encombrés de marchandises, ses ports (pii regorgent de vais- seaux . 6 IN HIVER La vue de Marseille donne l'idée d'une ville qui grandit chaque jour. Nulle ville de France, sauf le Havre, situé à l'autre extrémité de la grande artère commerciale qui va de l'Océan à la Méditerranée, n'a pris depuis vingt ans un ac- croissement pareil. Après avoir amené de vingt- cinq lieues une rivière tout entière pour laver ses rues, Marseille élève une cathédrale, construit des docks , creuse un nouveau port qui sera à lui seul plus grand que les deux ports anciens et contiendra quinze cents navires, rase une mon- tagne et sur son emplacement bâtit une \ille nouvelle. Avant un demi-siècle, Marseille sera la reine de la Méditerranée. Trieste, qui un instant avait semblé balancer sa fortune, est déjà dé- passée. Nous partons à neuf heures du matin. Pendant quelque temps encore on reste en vue des côtes âpres et rocheuses de la Provence. Mais bientôt le cap Saint-Tropez s'abaisse au loin, et la terre, de France s'efface dans la brume légère qui voile l'horizon. Les passagers sont nombreux à bord du i:.N KGM'IK. 7 Gange, ('omnif hi mer est «iilinc cl l;i tempéra- tiirp doiH-o, toiil l(^ niondo se tient sur le pont ; on s'observe, on cause, on l;iit connaissance. Il y a beaucoup d'Anglais e( d "Aineiic;iiii< : ils sont partout en majorité sui' les p;i(|iicl)ots et sur les (îhemins de t'ei-, et partont a Taise comme chez eux; il y a des Russes et des Polonais, les uns et les autres impatients de mettre à prcdit la li- berté que leui- a rendue la paix; des négociants qui vont acheter les cotons ou les hiés de l'E- gypte; des officiers français au service du vice- iT)i; (\o<^ consids (pii relouiiient a leur poste; des marchands grecs, s\ riens, turcs. Parmi ces der- niers, sont deux étranges personnages qui attirent tous les regards; c'est lui niai-chand indien et son domestique : le maître, petit homme chétif, visage bistré, barbe rare, tr.u'uant ses pas lents dans une longue robe de cachemire bleu , les yeux obliques, la bouche line et demi-souriante; le valet aussi maigre, aussi grêle que le maître, enveloppé d'un vieux chàle . la figure couleur de suie et criblée comme inic ccinnoirc, la même expression douce et indolente, le même regard 8 UN HIVEK indécis; deux types d'une race énervée, mais astucieuse et, on le sait ti'op, quelquefois féroce. Au nombre des passagers est un homme qui a occupé en Egypte une haute position , et s'est fait en Europe une certaine célébrité; c'est Clot- Bey. Favori de Méhémet-AH, il est le premier Européen qui ait reçu le titre de Bey sans avoir abjuré sa religion et sa nationalité. Le docteur Clôt avait fondé au Caire, sous les auspices du pacha , une école de médecine qui prospéra quelque temps. Mais, Méhémet-Ali mort, l'école de médecine, comme toutes ses autres institu- tions, se désorganisa sous le mauvais vouloir de son stupide successeur, Abbas-Pacha. Ainsi que la plupart des Européens employés par le précédent gouvernement, Clot-Bey fut renvoyé, avec un cadeau. Le pacha actuel a semblé d'abord disposé à reprendre la politique de Méhémet-Ali. Il a rap- pelé plusieurs de ses conseillers : il a rouvert les écoles, notamment l'école de médecine. Mais tout cela parait devoir se borner à de belles paroles et de bonnes intentions : rien du génie , K.N i;(;m'Ti:. îj rien de la volonté |)iiiss;uil(' du clief do l;i d\- nastie n'a passé dans ses descendants. Clot-Bey est un homme d'esprir, et d'un esprit très-fin et très-délié. Avec (|iielque réserve (piil parle du gouvernement actuel de l'Egypte, on devine qu'il ne partage aucune des illusions qu'on se fait en Europe sui" la prétendue régé- nération de ce pays, et sur l'aptitude des Turcs à s'initier à notre civilisation. Il me parait même que cet homme, qui a passe sa vie en Orient, est très-sceptique sur ce point. Il ne ci'oit ni à l'avenir de la race (jui gouverne l'Egypte, ni à son éducation possible. Les Turcs, dans son opi- nion, sont encore et seront toujours des bar- bares; seulement ce sont des barbares dégéné- rés, énervés, qui ont perdu leur seule qualité, le courage guerrier ; peifides , astucieux ; non sans intelligence, mais dune intelligence super- ficielle; incapables d'instruction sérieuse et sur- tout de progrès; non moins incapables de recon- naissance et de sentiments généreux. Le 30, nous apercevons les côtes verdoyantes 10 IN mVKU de la (]orse, et ses inontafi;nes aux lignes gra- cieuses, à demi noyées dans la brume orangée du matin. Le paquebot sCngage dans cette passe étroite qu'on appelle les lk)uches de Bonifaccio, détroit dangereux et fécond en naufrages. Mais la mer est unie comme un lac. A peu de dis- tance, à gauche, nous distinguons nettement la petite ville de Bonifaccio , placée comme une aire d'aigle sur un rocliei" a pic, dans les flancs duquel la mer a creusé de profondes cavernes. A droite, s'avance la pointe àpi-e et aride de la Sardaigne. Devant nous, des îlots escarpés, des rochers menaçants sont semés au travers des passes. Un souvenir lugubre et récent attriste cette plage : c'est là que s'est perdue la Sémil- lante, avec sept cents soldats qu'elle portait en Grimée. Qui ne se rappelle ce lamentable épisode d'une guerre héroïque ? Partie à la hâte de Toulon , sous des ordres impérieux et précipités , quand son armement n'était pas achevé et que le temps était déjà menaçant, elle fut portée vers ces parages redoutables pai' une tempête d'une violence inouïe. On ne sait rien des accidents qui EN EGYPTE. H la perdirent : pas un homme ne fut sanvé. Le gardien dn petit phare qui s'élève snr la pointe de Sardaigne racontn sonIonien t rpiaii plus fort de la tonrmenfe il nvjiit mi jiasser devant lui, comme un fantôme, ini hàfinient désempare, qui semblait courir veis la cote, emporté par l'ouragan. Trois jouis après, on retrouvait sur le sable le corps du commandant, revêlu de son uniforme , plusieurs cadavres et des débris. Un monument funèbre , <pie nous avons salué en passant , a été élevé sur un des îlots par les marins français à la mémoire de leurs cama- rades , morts aussi , on peut le dire , sur le champ de bataille. La Sicile est en vue le T"^ décembre de bonne heure. Au-dessus de la petite ville de Trapani, s'élève le sommet bleuàti(> du mont Saint-Julien : c'est le mont Éryx des anciens. Un temple, rival de celui de Paphos, y avait été érigé en l'hon- neur de Vémis Érycine. Mille prêtresses, dit-on, étaient consacrées au service de la déesse; des essaims de colombes habitaient le sommet de la 1-2 L.N HIVEi; montagne. 11 ne reste rien de ce temple; mais on dit que les colombes aiment toujours ces lieux, et que la beauté

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